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Dimanche 7 février 2016 - Sainte Jeanne de France

Messe de sainte Jeanne de France - Monastère de l’Annonciade - Dimanche 7 février 2016

Pour télécharger l'Homélie, cliquez ici.

Première lecture : Is 54, 1-5
Seconde lecture : Col 3, 12-17
Evangile : Mt 5, 1-12

 

Quel sens donner à la célébration de nos saints, aujourd’hui de sainte Jeanne de France ? Pourquoi répéter chaque année cette célébration avec les mêmes mots et les mêmes références ? Les saints peuvent-ils nous aider à vivre notre condition humaine et chrétienne dans notre 21e siècle ? Est-ce que la sainteté dans ce qu’elle a de spécifique et d’original est une contribution qui a sa place dans les progrès de l’humanité que notre monde recherche ? Peut-elle, avec ses marques liées à l’histoire des siècles passés, nous éclairer dans le trouble, l’inquiétude, l’obscurité qui marquent notre temps incapable d’imaginer un avenir d’espérance ? La sainteté n’est-elle pas souvent la réponse à un temps de détresse de l’histoire ? Les saints fondateurs ont souvent été des hommes, des femmes, très enracinés dans l’histoire, dans la détresse d’un temps, que l’on songe à la détresse de la maladie, à l’oeuvre de l’imagination nourrie de l’Evangile au service de l’éducation, et ce fut souvent une nouveauté, une réponse novatrice, porteuse d’avenir et qui continue d’inspirer notre monde, nos sociétés devenues laïques, un service durable qui touche à la condition de l’homme, à la condition de la femme, à la dignité de la personne humaine, au respect de la vie, à la mise en oeuvre d’une fraternité au point que c’est entré dans la devise de notre république : la fraternité à laquelle aspirent, rêvent nos contemporains, même s’ils n’en ont pas conscience.

Lorsque notre pape nous invite à une année de la miséricorde, nous sentons bien que ce n’est pas seulement à usage interne des chrétiens entre eux, mais que c’est une manière d’ouvrir un horizon durable aux relations entre les humains à l’échelle du monde, même si la réalisation paraît encore lointaine, entravée de beaucoup d’obstacles. Mais l’important, c’est d’y tendre, de la mettre en oeuvre dans notre vie personnelle, familiale, sociale, ecclésiale, comme une expérience forte qui nous dynamise, qui change notre regard sur les personnes, sur le travail.

La miséricorde justement veut articuler la misère et le coeur. La sainteté peut trouver ses racines dans la misère, le coeur de Dieu s’y investit. Ainsi y a-t-il complicité entre la sainteté et la miséricorde. La sainteté est en quelque sorte une explosion.

 

« Elargis l’espace de ta tente,
déploie sans hésiter les toiles de ta demeure,
allonge tes cordages
», nous disait déjà le prophète Isaïe.
« Ton époux, c’est ton créateur » : quelle belle expression !
Il se nomme « Dieu de toute la terre ».

 

Paul nous décrit tout simplement l’intériorité de la sainteté, le secret le plus intime, le plus personnel que nous expérimentons par la foi qui fait peut-être défaut à beaucoup de nos contemporains qui vivent dans le bruit, le superficiel, les slogans, la consommation qui ne délivre que des bonheurs passagers et illusoires. Paul nous renvoie à cette vie intérieure à travers des mots très simples mais forts :

 

« Choisi par Dieu, fidèle, bien aimé,
douceur, humilité, patience.
Pardonner, l’amour, l’unité, le pardon.
Vivez dans l’action de grâce,
que la Parole du Christ habite en vous.
Tout ce que vous dites, ce que vous faites... action de grâce.
»

 

Tout ce que nous disons là, les mots peuvent paraître simples mais quel trésor ! Vraie source de joie et de bonheur. Voilà bien le fondement et le coeur d’une sainteté qui fait vivre et rayonne comme attractive à nos contemporains. C’est concret mais si profond, essentiel.

Les Béatitudes de l’Evangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre illustrent bien la sainteté enracinée dans le présent d’une pauvreté, de souffrances : la sainteté n’ignore pas ceux qui pleurent, les affamés de justices, les coeurs purs, les persécutés, les insultés, mais ces béatitudes nous ouvrent vers un avenir, sont un acte d’espérance : ils seront consolés, rassasiés, etc. C’est un acte d’espérance où Dieu lui-même intervient et la miséricorde est présente au-delà même de la mort. Notre vie présente ne prend tout son sens que dans l’accomplissement par le passage par la mort dans le monde de la vie plénière de ressuscité. La sainteté ne se comprend que comme une anticipation de la vie plénière en Dieu.

La vie de consacré elle-même s’enracine dans le présent de ce qui peut être perçu comme une fragilité mais qui illustre les béatitudes comme un acte d’espérance qui s’épanouit au-delà de la mort. Les voeux eux-mêmes s’inscrivent dans cette dynamique : la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, la vie fraternelle partagée rejoignent bien le concret de la vie présente de nos contemporains dans l’ordinaire des jours. Ainsi, la sainteté aujourd’hui pourrait prendre racine dans les fragilités et les pauvretés de nos contemporains et leur révéleraient, leur ouvriraient l’espérance par le témoignage des consacrés. Ces choix de vie qui paraissent étranges à nos contemporains dans l’existence des consacrés peuvent révéler un chemin de lumière inédit, la belle surprise de Dieu.

 

+ Armand MAILLARD

Archevêque de Bourges