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La pauvreté en Berry, un problème de fond de l'Observatoire diocésain

Le 10 février prochain, Mme Maryse Lépée tiendra une conférence organisée par l'Observatoire diocésain ayant pour thème : "De la pauvreté à l'espérance, vers un regard innovant". Jehan-François Desjeux a bien voulu répondre à quelques questions pour en savoir un peu plus sur cet événement.

Samedi 10 février prochain à Issoudun, l'Observatoire diocésain organise une conférence avec Mme Maryse Lépée sur la pauvreté intitulée "de la pauvreté à l'espérance, vers un regard innovant". Cela se passera au centre international Jules Chevalier de 9h à 12h30 en compagnie de Mgr Armand Maillard. Une journée qui s'annonce chargée mais captivante ! 

Jehan-Françoi Desjeux (J-F.D.), président de l'Observatoire diocésain, a accepté de répondre à nos questions (F.C.) pour en savoir un peu plus sur ce qui peut motiver une telle conférence en Berry.

 

F.C. : Pourquoi ce sujet en particulier ? Pourquoi ce thème de la pauvreté ?

J-F.D. : Ce thème de la pauvreté en Berry est une préoccupation de bien des Berrichons. De près ou de loin, chacun se sent concerné et solidaire à titre personnel, dans sa famille, au travail, dans sa commune, à un degré ou à un autre, par la pauvreté, l’isolement, l’exclusion sociale, la perte de dignité, bref par la précarité. L’Observatoire diocésain est particulièrement concerné parce que c’est sa raison d’être. En effet, lorsqu’il a été créé en 1990, sa mission pour le diocèse était de centraliser et de diffuser, par les conseils pastoraux, les observations économiques, sociales, culturelles, politiques et religieuses. Il devait ainsi poser les vraies questions et les dilemmes en termes de solidarité et de dignité de tous les hommes.

La question de la solidarité n’est pas nouvelle, mais elle a resurgi lorsque nous avons réfléchi ensemble sur le texte Laudato Si, du pape François. Monseigneur Maillard nous avait fortement recommandés d’examiner ensemble ce magnifique texte. Effectivement ce texte nous incitait à repenser les liens de solidarité autour de nous dans deux domaines particuliers : la désertification médicale et le monde rural. C’est comme cela que nous avons commencé à essayer d’identifier la précarité en Berry. Mais plus nous avancions, plus le pessimisme nous gagnait. Nous avons donc proposé de réfléchir sur la manière de rencontrer les personnes isolées et de comprendre ce que nous pourrions apprendre de ces rencontres. Nous en sommes venus à penser que ces rencontres pouvaient faire naître l’espérance.

 

F.C. : Quel constat faites-vous de la pauvreté en Berry aujourd’hui ?

J-F.D. : Malgré les apparences c’est une question assez complexe. Une manière de répondre est de donner quelques chiffres pour le Cher et l’Indre : la population est peu supérieure à 500.000 habitants. Il y a environ 1,5 décès pour 1 naissance. Le taux de pauvreté est de 14,6 %, à peu près comme le taux de chômage. Comme l’a montré le comité de bioéthique de l’Indre, la désertification médicale continue. Sur le plan médical, nos départements sont considérés « défavorisés », comme à Dun sur Auron ou Argenton sur Creuse.

Mais ces statistiques sont une vue générale, en quelque sorte à distance des personnes. Elles sont utiles, mais elles ne tiennent pas compte des situations personnelles : de la famille qui a du mal à se nourrir ; du chômeur de longue date qui ne va pas remplir ses « papiers » ; de la personne âgée qui n’ose plus sortir de chez elle ; du cultivateur ou de l’artisan qui se sent isolé pour prendre des décisions importantes sur le sens de son activité ; sans compter les situations multiples de précarité matérielle, psychologique ou spirituelle.

Heureusement, il existe de très nombreuses structures nationales, départementales, communales ainsi que de très nombreuses associations. Un inventaire de ces associations a été réalisé par le groupe de bioéthique de Bourges. Malgré tout, l’isolement, la pauvreté, la précarité nous entourent et persistent. La question est donc de savoir pourquoi cette situation et son corollaire : comment s’y prendre ?

 

F.C. : Pourquoi avoir pensée à Maryse Lépée ?

J-F.D. : Madame Maryse Lépée a une expérience unique d’action envers les plus démunis. Ce qu’elle dit est tellement vrai et simple à la fois qu’on est conquis pas sa générosité communicative.

Madame Maryse Lépée est Présidente de l’association « Aux captifs la libération » depuis 2011. Auparavant, elle a présidé les Cités du Secours Catholique. Très engagée de par ses fonctions dans la représentation du secteur sanitaire et social, Maryse Lépée est par ailleurs Vice-Présidente de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux d’Ile de France. Auparavant, elle a effectué l’essentiel de sa carrière dans la haute fonction publique.

Il ne s’agit pas de faire pour les pauvres (je donne, tu reçois) mais de faire ensemble (nous nous enrichissons mutuellement)

F.C. : En quoi peut-elle faire avancer le problème de la pauvreté en Berry ?

J-F.D. : Elle pourrait nous aider à modifier notre regard sur la précarité. « Aux captifs la libération » est une association qui rencontre les personnes les plus démunies non pas avec de l’argent, de la nourriture ou autres biens matériels, au moins dans un premier temps. La rencontre se fait « à mains nues ». C’est-à-dire aussi simplement que possible. Il ne s’agit pas de faire pour les pauvres (je donne, tu reçois) mais de faire ensemble (nous nous enrichissons mutuellement). Qu’est-ce que nous pouvons réellement partager ? Qu’est-ce que nous pouvons apprendre des personnes qui vivent encore quand tout s’écroule ?

Cela semble très difficile, voire impossible. C’est pour cela que nous lui demandons qu’elle nous explique la rencontre et le chemin qui peut être fait (ou pas) avec des personnes vraiment démunies.

 

F.C. : Vous utilisez le mot « espérance » dans le titre de l’événement. Pourquoi ?

J-F.D. : À vrai dire pour au moins deux raisons. La première est que nous sentons bien qu’il faut sortir du pessimisme qui ne mène à rien. Une manière de répondre à la pauvreté est de penser que c’est une question qui pourrait être résolue par un supplément de financement de l’Etat ; ou encore de professionnels ; ou encore d’associations. Comme on dit dans nos campagnes « ça me dépasse ! ». Voilà qui nous promet une vie politique ramenée à une sorte de service minimum de l’espace public, désespérante.

La deuxième est plus positive ; une lettre du pape François pour la journée mondiale des pauvres : « Bénis les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et les secourir : ce sont les mains qui apportent l’espérance ».  Plus encore, les pauvres pourraient nous ouvrir leurs mains en retour. L’espérance est ainsi pensée non pas à l’échelle individuelle, mais à l’intérieur d’un ensemble de liens de vie, sans calcul.

Mais cela n’oblige-t-il pas à croire ? Ces liens ne supposent-ils pas Quelqu’un qui se soit engagé avant nous et qui soutienne ces liens vivifiants ?

 

F.C. : Pouvez-vous nous expliquer en deux mots à quelle sauce seront mangés tous ceux qui souhaitent venir participer à cette conférence ?

J-F.D. : Je pourrais vous répondre qu’il faudrait faire prendre la sauce avec du liant, comme la sauce béchamel avec le roux ! Je sais bien qu’il faut être courageux pour venir à 9h à Issoudun, à moins d’être à peu près sûr d’en sortir heureux. C’est comme cela que le programme est construit : après un petit café, la réunion commence par 4 courts témoignages de précarité en Berry : un restaurant particulier, la santé de la pauvreté, les difficultés de la vie agricole, la vie en prison. Maryse Lépée échangera ensuite avec nous sur ce qu’elle vit avec les pauvres ; ce qu’est « aux captifs la libération » ; sur l’espérance qui naît dans les rencontres, et sur ce que nous pourrions apprendre de ces rencontres que nous ferons après être retournés dans notre milieu.

En effet, cette réunion nous laissera probablement insatisfaits. C’est ainsi que l’Observatoire propose d’aider à poursuivre cette réflexion dans les paroisses.

Monseigneur Maillard terminera en nous envoyant avec un nouveau regard sur les pauvres. 

 

François Chasseriau

Le 30 janvier 2018

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