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Un Notre-Père retouché

Lors de son assemblée plénière de printemps, en mars dernier, la Conférence des évêques de France a, entre autres, pris la décision de l’entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père dans toute forme de liturgie publique. Le P. Bour revient sur cet événement qui prend effet au cours du premier dimanche de l’Avent 2017, le 3 de ce mois de décembre.

Les mots sont chargés de sens ; ils ont du poids ; ils sont des repères comme une boussole. Parfois, il faut les rajeunir, les retoucher, les réorienter. C’est ce qui arrive au Pater, au célèbre Notre Père que nous connaissons tous par coeur – je l’espère – parce qu’il est le résumé de l’Évangile.

Pourquoi revoir périodiquement la traduction ? Maurice Carrez le dit parfaitement, lui qui a édité le Nouveau Testament interlinéaire Grec/ Français : « Une langue est un filet jeté sur la réalité des  choses. Une autre langue est un autre filet. Il est rare que les mailles coïncident. »

Prenons le Notre Père dans la traduction liturgique actuelle qui entre donc en vigueur lors du premier dimanche de l’Avent de cette année pour toute l’Église catholique.

« Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.[Et ne nous soumets pas à la tentation…] Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. » (Mt 6, 9-13)

Quel est le problème ? La traduction de 1966 posait déjà un problème d’un point de vue théologique : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation » était devenu « Ne nous soumets pas à la tentation ». Le problème vient du verbe grec « eisphérô » (Mt 6, 13) qui signifie littéralement « introduire dans », « conduire dans ». Les spécialistes savent que le texte original était écrit en araméen, la langue maternelle de Jésus. Mais ce texte a été perdu. C’est donc la traduction en grec qui est la source de notre Pater.

Comme le dit Maurice Carrez : « Il est rare que les mailles coïncident. » Par conséquent, une traduction est toujours un peu une trahison.

La traduction de 1966 laisse entendre que Dieu nous tente, ce qui est contraire à la foi biblique. Dieu n’est jamais l’auteur de la tentation, comme l’affirme saint Jacques : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : “Ma tentation vient de Dieu.” Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit » (Jc 1, 13).

Notons aussi que la tentation est différente de l’épreuve. Dieu ne peut pas nous tenter, car la tentation vient toujours du Mauvais qui est l’auteur du Mal. Or, Dieu ne peut vouloir que le bien. Rien, cependant, n’échappe à la souveraineté de Dieu, pas même la tentation, pas même le pouvoir de Satan. Le disciple de Jésus demande à Dieu de lui éviter une épreuve telle qu’il succomberait et qu’il serait criblé par le Malin. « Dieu est fidèle, écrit saint Paul, il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Mais avec l’épreuve il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (1 Co 10, 13).

« Ne nous laisse pas entrer en tentation… » est un bon compromis. À Gethsémani, Jésus s’approche des disciples endormis en leur disant : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26, 41). Les traducteurs ont rendu le mot grec « peirasmos » par « tentation », mais le terme signifie aussi « l’épreuve ».

Oui, la tentation peut devenir une épreuve redoutable pour la foi des disciples et l’épreuve peut devenir une tentation dangereuse pour leur foi en Jésus Christ.

La nouvelle formule a l’avantage d’être plus claire, et aussi d’être adoptée par les protestants et les orthodoxes. Elle nous permet de prier ensemble dans un grand désir d’unité, et d’oser dire comme des frères et soeurs : Notre Père.

 

P. Alfred Bour

Missionnaire du Sacré Coeur de Jésus

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