La cathédrale Saint-Étienne est l’église mère du diocèse de Bourges. Elle a été construite entre la fin du XIIe siècle et la fin du XIIIe siècle. Elle est dédiée à saint Étienne, diacre et premier martyr de l’Église.
C’est une cathédrale de style gothique qui, cas exceptionnel, ne possède pas de transept. Elle est remarquable pour ses proportions harmonieuses et est souvent appelée « la petite sœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris ».
La cathédrale de Bourges a été consacrée le 6 mai 1324. Cette célébration de la dédicace a été présidée par l’archevêque de l’époque, Mgr Guillaume de Brosse. Cette cérémonie solennelle comportait les rites liés au baptême avec notamment la bénédiction de l’eau puis des murs avec l’eau bénite et la consécration avec l’huile du Saint chrême des cinq croix de la pierre d’autel et des douze croix des colonnes principales éclairées par une bougie et encensement de l’ensemble. En 2024, le diocèse de Bourges a fêté le 700e anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Bourges.
La cathédrale de Bourges fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques et est inscrite depuis 1992 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Pour aller plus loin
Un peu d’histoire de Bourges
Bourges, à travers sa cathédrale, hérite d’un passé médiéval prestigieux. Saint-Étienne de Bourges, comme toutes les cathédrales de la même époque, nous rappelle que le Moyen Âge des XIIe au XVe, n’a rien à voir avec l’idée négative qu’on se fait habituellement du Moyen Âge. Nous sommes bien placés pour bannir de notre vocabulaire cette formule encore entendue trop souvent : « Nous ne sommes plus au Moyen Âge ! » A bien des égards le Moyen Âge dont nous parlons ici, celui de la cathédrale gothique et de nos églises romanes pourrait nous donner la leçon en matière de civilisation. Notons au passage que bien de nos églises de campagne sont plus anciennes que notre cathédrale…
Au moment où l’archevêque Henri de Sully, décide la construction d’une nouvelle cathédrale, qui sera ogivale et remplacera la cathédrale romane, en 1195, Bourges est déjà une ville prestigieuse, tant au plan religieux que politique. C’est en 1100 que Bourges et ses environs deviennent propriété du roi de France (Philippe 1er), au point qu’au XIIe siècle le Berry devient le seul domaine royal au sud de la Loire, face aux provinces du roi… d’Angleterre.
La position de Bourges est donc stratégique. Ce qui explique que la cathédrale nouvelle se devait d’être, jusque dans sa forme, la figure de proue hors normes du domaine royal. Bourges sera donc aussi un point d’appui indispensable pour le pape Innocent III qui veut mener la croisade contre les Albigeois. Mais le roi Philippe Auguste ne suit pas le pape, et l’archevêque Guillaume du Donjon (Saint Guillaume) meurt quelques semaines avant le déclenchement de la croisade en mars 1209. L’abside et le chœur de la cathédrale sont en cours d’achèvement. Cette construction exceptionnelle va entraîner la construction de nombreuses églises, au moment où Bourges devient une ville prospère avec la naissance d’une bourgeoisie, dont Jacques Cœur sera au XVème siècle le plus illustre représentant.
Le Berry Chrétien
Quand on voit le nombre d’églises, romanes et même gothiques – sans oublier celles du XIXe siècle et du XXe, on ne peut pas douter que le Berry fut une terre chrétienne. Et il le reste aujourd’hui, malgré la fragilité de l’Église. Nous sommes les héritiers d’un patrimoine religieux, dont tous nos villages prennent conscience de plus en plus, à travers les restaurations entreprises par les communes et les initiatives diverses de citoyens pas toujours fidèles de l’Église. Notre Église en Berry est une Église dont nous serions bien inspirés d’être fiers. Si elle a été une Église de bâtisseurs, c’est parce qu’elle a été une Église missionnaire. Missionnaire elle l’est toujours, même si elle ne bâtit plus d’églises aujourd’hui. Il faut dire qu’elle a à sa charge, comme affectataire la plupart du temps, de nombreuses églises qu’elle a du mal à habiter.
La construction d’une église n’est pas d’abord une opération de prestige : elle a un but missionnaire. Elle sert à planter la foi en terre et à faire le lien entre le ciel et la terre. D’ailleurs comme tout temple religieux. Ceux qui veulent visiter nos églises (et trouvent parfois portes closes) n’ont peut-être pas qu’une curiosité touristique ou culturelle. S’ils y trouvent des chaises cassées et en désordre ils ont certainement du mal à découvrir qu’elle sert à quelque chose : à prier, à se rassembler, à écouter la Parole de Dieu, à célébrer les sacrements… Ceci dit, le « détournement » toujours possible de nos églises dans un monde sécularisé ne peut que poser question à des communautés catholiques qui s’amenuisent en oubliant que leurs églises sont des lieux pastoraux irremplaçables.
L’anniversaire de la dédicace de la cathédrale pourrait être l’occasion pour tous en Berry, d’une réflexion (déjà bien entamée) sur la place de nos églises paroissiales dans notre architecture pastorale. Il ne s’agit pas que de pastorale du tourisme. On peut être admiratif de ce que beaucoup font pour habiter et faire vivre leurs églises.
Église mère, églises filles et sœurs
La cathédrale est l’église mère de notre diocèse, parce que notre évêque y a son siège, sa cathèdre. On sait combien l’évêque est essentiel à la vie de l’Église et à son unité. En tant que successeur des Apôtres il est évêque de l’Église universelle et le pape lui confie une portion du territoire et un ensemble de fidèles. Cette dimension territoriale est difficile à comprendre aujourd’hui, où on ne parvient plus à « mailler » le territoire et pourtant elle garantit à chaque communauté son enracinement local et son ouverture au monde entier. L’Église est plantée là pour tous. C’est l’Église toute entière qui prie et célèbre, là-même ou une poignée de fidèles dans une petite église de campagne ou une grande assemblée dans la cathédrale se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. «Quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,20).
Nous sommes sans doute à la croisée des chemins devant notre difficulté à faire vivre à la fois nos communautés et nos églises. Mais nos Églises ne peuvent pas vivre sans églises. Affirmer le contraire c’est s’exposer à oublier que nous sommes les héritiers d’une civilisation chrétienne toujours vivante. Construire une Église de « pierres vivantes », c’est aussi vouloir une cathédrale et des églises vivantes dans un monde où la recherche de Dieu n’est pas morte.
L’anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Bourges est sans doute l’occasion encore, à travers le lien privilégié qu’elle entretient avec chacune des églises où est nommé notre évêque à chaque eucharistie, de la redécouverte d’une fraternité territoriale et pastorale qui fait l’Église diocésaine. Quand une communauté se construit quelque part dans le monde, pour exister elle bâtit une église. Si on veut interdire cette communauté, on détruit son église. Prenons soin des églises que nous avons héritées pour prendre soin de toutes les Églises.
Chanoine Joël Massip
