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Mgr Plateau, l'homélie de ses obsèques prononcée par Mgr Kalist

Monseigneur Kalist, archevêque de Clermont, était présent aux obsèques de Mgr Plateau lundi 7 mai dernier en la cathédrale de Bourges, aux côtés de Mgr Maillard. Il a notamment prononcé l'homélie que voici.

Mise au tombeau du Christ - Cripte de la cathédrale de Bourges

 

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            Le récit de la passion dans l’évangile selon saint Luc nous donne d’entendre les dernières paroles de Jésus, adressées à ses apôtres, au cours de la dernière Pâque qu’il célèbre avec eux. Ce repas pascal est bien davantage que le mémorial de la libération du peuple de Dieu, célébré selon la tradition juive. Dans ce repas, Jésus annonce sa mort prochaine, tout en accomplissant quelque chose d’inouï : son propre sang répandu est celui d’une alliance nouvelle. Corps livré, sang versé, Jésus offre sa vie pour nous, révélant ainsi l’amour de Dieu pour tous ses enfants. Il se fait serviteur pour que nous ayons la vie. Mais les apôtres ne comprennent pas encore ce qui se réalise en cette dernière cène. Il faudra l’épreuve de la croix et le rayonnement du matin de Pâques pour que le mystère leur apparaisse en pleine lumière.

« Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22,27)

            Leur souci du moment est tout autre. Une parole de Jésus vient de semer le trouble parmi eux : « la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table ». Cette annonce introduit le soupçon, elle réveille des ambitions, des rivalités, des querelles de préséances : lequel d’entre eux est le plus grand ? On attendrait d’autres propos, en un moment si grave. Mais ce sont des humains, dont le Christ est venu partager la condition. Rappelons-nous : sur la route ils ont déjà débattu de cette question ; Jacques et Jean réclamaient les premières places ; Pierre se vantait de rester fidèle, même si tous venaient à renier. Chaque fois, Jésus avait dû les reprendre. A nouveau, il les corrige, avec douceur et patience : « les rois des nations les commandent en maîtres (…) pour vous, rien de tel. Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et celui qui commande, comme celui qui sert ».

            Jésus ne se contente pas d’enseigner. Il montre par toute sa vie le chemin du service. Il s’est lui-même montré serviteur, image vivante de ce qu’il annonce. Ce soir là encore, il se révèle pour ses apôtres comme celui qui sert. L’évangéliste Jean, pour sa part, mettra cet aspect en relief dans le récit du lavement des pieds. Jésus se dépouille et s’abaisse, il endosse la condition de l’esclave pour laver de toute souillure ceux que le Père lui a confiés. Il s’apprête encore à les servir tous d’une manière ultime. C’est dans l’impuissance de la croix, dans la condition de l’esclave mis à mort, que « tout est accompli ».

            « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ». Le service fraternel sera désormais la façon de vivre, le comportement spécifique, le mode ordinaire d’exercice de la vie des disciples du Christ, le témoignage rendu à un Dieu dont le nom est amour. L’exhortation contenue dans la première lettre de Jean est explicite : « nous devons aimer, non pas en parole ou par des discours, mais par des actes et en vérité ». Tout au long de l’histoire de l’Eglise, de grands témoins nous le rappellent et en témoignent. Le pape François nous y exhorte constamment, en dernier lieu dans Gaudete et exsultate : « il nous faut, écrit-il, un esprit de sainteté qui imprègne aussi bien la solitude que le service, aussi bien l’intimité que l’œuvre d’évangélisation, en sorte que chaque instant soit l’expression d’un amour dévoué sous le regard du Seigneur » (GE 31). Le service fraternel, selon l’évangile, est moins un acte qu’une condition, ce n’est pas seulement le service rendu, le service ponctuel, mais un service fraternel vécu comme don de soi, jusqu’au don de sa vie pour les autres.

            Le service fraternel sera même, en particulier, le mode d’exercice de toute autorité dans la communauté des disciples du Christ. Dans la succession des apôtres, et à la manière des apôtres, en quoi consiste donc le ministère de l’évêque ? Celui-ci est appelé à se tenir au milieu du peuple qui lui est confié, comme celui qui sert, comme le pasteur qui prend soin, qui connaît chacun par son nom, qui conduit le troupeau vers les bons pâturages. Il partage la vie quotidienne de ceux qu’il rassemble et guide au nom du Christ. Il se situe non pas au-dessus, mais au milieu ; non pas en retrait, à part ou à côté, mais en pleine vie, en pleine solidarité avec son peuple.

            Cette mission, Pierre, fidèle du Christ, notre frère par le sacrement du baptême et par le sacrement de l’ordre, s’est efforcé de la vivre avec toute l’énergie de son tempérament, tout en se laissant modeler par la grâce de Dieu en qui il avait une confiance inaltérable. Evêque au service de l’Eglise diocésaine, il fut le constant annonceur de la bonne nouvelle. Il fut le célébrant fidèle des sacrements, spécialement de l’eucharistie, selon la parole de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi ». Il fut le serviteur de la communion du peuple de Dieu, communion approfondie et manifestée tout spécialement dans le synode diocésain de Bourges en 1990, initiative courageuse, événement qui a orienté durablement la mission de cette Eglise locale ; communion servie en rappelant, au besoin, qu’on ne construit pas l’Eglise en-dehors d’une fidélité au ministère épiscopal, lui-même exercé collégialement, en lien avec le ministère de Pierre.

Où en sommes-nous du service fraternel ? Nos vies sont-elles vraiment abandonnées entre les mains de Dieu ?

             « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » : ce verset d’Evangile est cité dans le premier message du nouvel archevêque de Bourges, adressé à ses diocésains en 1984. « Je voudrais, écrit-il, être au milieu de vous comme celui qui sert, à l’exemple du Christ Jésus qui m’envoie ». Ce même sens du service s’exprime lorsqu’il renonce à la charge épiscopale et s’apprête à servir autrement. Jusqu’aux dernières années, dans la maison des Petites sœurs des Pauvres où il s’était retiré, affaibli mais toujours bien lucide, n’ayant jamais renoncé à servir, par l’écoute, la prière, la disponibilité pour l’accueil des proches et des amis qui le visitaient, aussi bien que les frères et sœurs âgés ou malades au milieu desquels il vivait désormais. A l’exemple du Christ Jésus, et tout abandonné, comme lui, à la grâce du Père, selon cette prière du P. Charles de Foucauld qu’il aimait à redire avec la Fraternité Jésus Caritas : « Mon Père, je m’abandonne à toi ».

            Dans cet hommage que nous voulons rendre aujourd’hui à notre frère Pierre, en même temps que nous faisons monter vers le Seigneur notre action de grâce et notre intercession, nous ne pouvons en rester à la biographie ou au rappel de quelques souvenirs heureux, fussent-ils teintés de reconnaissance ou d’admiration. Nous sommes questionnés par le témoignage de cette vie d’apôtre (quelles que soient ses limites personnelles, et lui-même les reconnaissait volontiers). Nous sommes questionnés par le message qui en assure la cohérence et en livre le sens. Différents par nos états de vie et nos responsabilités, nous sommes tous rejoints par l’Evangile qui a guidé sa vie, par la spiritualité qui a soutenu sa prière et sa mission. Où en sommes-nous du service fraternel ? Nos vies sont-elles vraiment abandonnées entre les mains de Dieu ? N’avons-nous pas le cœur partagé, désireux certes de bien faire, mais si souvent fascinés par les idoles, détournant le regard du pauvre, cherchant dans le ministère l’honneur plus que la grâce, le pouvoir plutôt que le service ?

            L’amour, et l’amour seul, est le gage de la nouvelle Pâque, du grand passage de la mort à la vie, que Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, accomplit pour nous, et dans lequel il nous entraîne. A cause de cet amour, nous sommes déjà passés de la mort à la vie. Nous avons déjà part à la résurrection. Dans cette eucharistie, où Jésus s’offre continuellement par amour, et que nous célébrons dans la foi autour de notre frère Pierre, demandons que s’accomplisse, pour nous-mêmes comme pour lui, l’espérance qu’il a fidèlement annoncée, tout au long de sa vie d’apôtre abandonnée à l’amour de Dieu.

 

+ François KALIST

Archevêque de Clermont

 

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Sylvie Jenner
Sylvie Jenner a écrit :
16/05/2018 11:57

merci merci de nous permettre de relire et partager cette belle homélie !!

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