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Ce dimanche, célébrons la fête-Dieu

La Fête-Dieu nous donne l'occasion de réfléchir sur le sens que Jésus a voulu donner au dernier repas avec ses disciples. On ne peut le saisir qu'en prenant en compte la pâque juive.

Jésus lui-même l'a dit : "J'ai désiré d'un grand désir manger cette pâque avec vous avant de souffrir". (Luc 22, 23)

Depuis la sortie d'Égypte le rituel de la pâque s'est beaucoup développé au cours des siècles. Acte et parole sont étroitement associés. Le ton dominant est celui de l'action de grâces qui célèbre l'intervention de Dieu. C'était l'occasion d'une catéchèse familiale. En effet le père de famille devait répondre aux questions des enfants en expliquant le sens de chacun des élements du repas : le pain non fermenté partagé entre tous les convives, l'agneau rôti à la broche, les herbes amères, les quatre coupes de vin dont la dernière se rapporte à la libération finale de tout Israël.

Ainsi la fête comporte-t-elle trois dimensions :

  • le présent de la célébration,
  • la commémoration du passé,
  • l'attente de la délivrance finale.

Aussi Jésus évoquera-t-il le jour où cette pâque sera pleinement accomplie dans le royaume de Dieu (Luc 22, 16).

Si les évangiles synoptiques insistent sur les préparatifs du repas, ils ne mentionnent pas l'agneau. S.Jean nous fait comprendre que l'agneau de Dieu, c'est Jésus lui-même qui mourra sur la croix à l'heure où, au temple de Jéusalem, on immolait les agneaux de la fête. Ainsi donc le dernier repas de Jésus avec les siens s'est déroulé, par anticipation.

Dans l'ambiance de la fête, tel est le contexte de l'ordre décisif : "Faites ceci en mémoire de moi", comment traduire au juste ? Les mots "en mémoire de" risquent en français de n'avoir qu'un sens faible. On dépose des fleurs sur une tombe en mémoire d'un défunt, sans espoir de le retrouver sur cette terre. C'est pourquoi, on préférera le terme de mémorial, repris par le Concile Vatican II dans sa constitution sur la Liturgie : le Christ a confié à l'Église "le mémorial de sa mort et de sa résurrection" (n°47). Ce terme correspond à la prescription donnée pour la Pâque : "Ce jour-là sera pour vous un mémorial" (Ex 12, 14).

Citons un autre emploi caractéristique : après avoir révélé son Nom à MoÎse, Dieu déclare "C'est là mon Nom pour toujours, c'est lui mon mémorial" (Ex 3, 15). Invoquer le nom de Yahvé, c'est donc, dans la confiance, rappeler à Dieu son intervention pour Israël. Célébrer la pâque, c'est actualiser le rite fondateur de la liberté du peuple. Au delà du souvenir du passé, le rite soude la communauté et la tourne vers l'avenir. Selon la tradition juive : "En chaque génération, on doit se regarder soi-même comme sorti d'Égypte". 

S.Jean a anticipé les paroles d'institution de l'eucharistie à la fin du discours sur le pain de vie. Par contre il est seul à rapporter avec une grande solennité le lavement des pieds, avant le repas d'adieu. Plus qu'un un rite de purification, le geste si déroutant du Christ donne le sens à l'Heure décisive, cette Heure de la suprême humiliation et de la glorification par le Père. En même temps, le Christ donne une ligne de conduite à ses disciples : "C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous" (Jn 13, 14).

Ces deux "faire" se répondent, inséparables l'un de l'autre. On ne peut donc célébrer le mémorial de l'eucharistie sans en même temps se laisser entraîner par le Christ sur le chemin du frère. Il faudrait relire le n°14 de l'encyclique de Benoit XVI Dieu est amour  "Une eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l'amour est en elle-même tronquée". A quoi fait écho le Pape François ? Avec le lavement des pieds, le Seigneur nous apprend à être des serviteurs, plus encore? Des esclaves, comme lui l'a été pour nous, pour chacun de nous.

Le "faites ceci en mémorial" concerne en premier les apôtres et, à leur suite, les ministres ordonnés. Il s'applique tout autant à la communauté appelée à s'unir à l'unique sacrifice du Christ. Telle est la participation active qui doit être la nôtre à tous, pas seulement par la réponse à la prière eucharistique ou par des chants, mais bien par la disponibilité à ce que le Seigneur nous entraîne à sa suite sur les chemins du monde, pour qu'advienne le Règne de son Père.

 

P. Edouard Cothenet

Le 27 mai 2016

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