Aller jusqu’au bout… Voilà bien la leçon de cet évangile. Aller jusqu’au bout, c’est-à-dire, comme le Christ, donner sa vie… jusqu’à la croix. C’est-à-dire jusqu’à faire ces choix qui obligent, à moins de renier le Christ, à renoncer à tous ses biens… Une exigence tellement exorbitante qu’elle nous laisse un goût d’amertume et forcément d’insatisfaction. N’avons-nous pas un devoir d’état à l’égard de nos parents, de nos enfants ? Quant à nos biens il est parfaitement évident, si nous en avons, qu’il nous est impossible, à moins d’être St François et de n’avoir aucune charge de famille, de tout larguer. L’Evangile est donc impossible à vivre, sinon contradictoire. Pire y a-t-il quelqu’un ici qui peut se dire chrétien quand il entend cette affirmation de Jésus : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple » ?
En fait, il faut bien voir dans quel contexte Jésus énonce de telles exigences. « De grandes foules faisaient route avec Jésus ». Si l’évangile s’adresse à tous, il est clair que pour suivre le Christ il faut faire des choix et que tous ne le suivront pas jusqu’au bout. Jésus ne laisse aucune illusion à ceux qui le suivent : il faut prendre sa croix parce que lui-même va prendre la sienne. La porte est si étroite pour entrer dans le Royaume de Dieu qu’on ne peut rien emporter avec soi, car il faut tout donner. De toutes façons tout ce qui n’est pas donné est perdu et même, si on veut garder sa vie pour soi, nous dit encore l’évangile, on la perdra, et si on la perd, on la gardera.
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». Il n’est pas dit de ne pas aimer sa famille ; il est écrit de préférer le Christ, c’est-à-dire d’aimer les autres dans le Christ, comme il les aime, en leur donnant sa vie. La chose la plus terrible qui puisse arriver dans une famille c’est d’aimer sa femme, son mari, ses enfants, ses parents comme des objets de possession destinés à satisfaire nos désirs et nos projets. Le Christ a aimé jusqu’à n’être plus rien pour ceux qu’il aimait. Tenez, l’exemple de la parabole de l’enfant prodigue est parfait pour nous faire comprendre : le père accepte de n’être plus rien pour son enfant et il le laisse partir vers son destin, risquer même la mort ; et lorsque le fils revient son père l’attendait. Parfait exemple de l’amour gratuit qui seul peut aider l’autre à tenir debout et à vivre.
Quant aux biens matériels, il est une manière d’en user comme si on n’avait rien. Attitude révolutionnaire aujourd’hui où l’on a encore l’hypocrisie de tenir le langage de la croissance et du toujours plus et de continuer à vouloir construire un monde où ce sont les biens qui nous dominent au lieu que nous en ayons la maîtrise pour qu’ils n’annihilent pas notre liberté. Certes, nous n’avons pas tous la liberté d’un St François ou de ces grands saints qui vendaient tout pour le donner aux pauvres ; mais il faut absolument qu’il nous reste la liberté de partager et de donner, parce qu’il est bon d’avoir quelque chose à soi pour le donner…
Oui l’Evangile, s’il est message d’amour nous demande de tout donner, à commencer par notre vie, parce que Dieu nous a tout donné en nous donnant son Fils. Si Jésus ne nous demandait pas de prendre notre croix, il n’aurait rien à nous demander. Encore un exemple, celui du couple : si je dis à l’autre que je l’aime et que je ne suis pas prêt à lui donner toute ma vie, c’est que je ne l’aime pas. Vous avez deviné que je parle du sacrement du mariage. Ce n’est parce que je t’aime que je te donne ma vie, mais c’est parce que je te donne ma vie que je t’aime. Maintenant que je t’ai tout donné, je peux commencer à t’aimer… Ça c’était vraiment un évangile de rentrée…
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