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Vie économique

La personne humaine dans la vie économique (2011)

 

C'était le thème de la journée de l'Observatoire du 9 avril 2011.

Voici un résumé de cette Journée :

Le samedi 9 avril 2011, s’est tenue la quatrième journée annuelle de cette institution diocésaine originale, ouverte à tous. Une trentaine de personnes diverses se sont retrouvées à la maison diocésaine autour de Mgr Maillard et de différents membres de l’Observatoire économique et social du diocèse de Bourges.
Le responsable actuel, Marc Bouchez, a ouvert la réflexion par un exposé rendant compte des travaux depuis septembre sur le thème choisi pour cette année. Le débat qui a suivi a permis un premier approfondissement en commun du thème et une mise en application de la doctrine sociale de l’Eglise. Après la messe et un déjeuner qui a permis de continuer plus librement les discussions, trois ateliers ont permis de mettre en lumière ce que peut faire ou dire l’Eglise, dans le Berry, en prenant en compte la solidarité entre tous et dans la contemplation de la personne du Christ :


1. dans le domaine de l’éducation,
2. pour développer une culture de la responsabilité,
3. pour obtenir une vie d’entreprise normale qui soit plus évangélique.


Des sujets pour les travaux de l’année 2011-2012 ont été identifiés, des propositions concrètes (par exemple un stage de solidarité obligatoire en classe de seconde, comme celui de découverte de l’entreprise qui existe en troisième).
 

 

Quel monde pour demain ? Enjeux et contraintes (2007)

 

Conférence inaugurale du cycle de rencontres "Dialogues pour une terre habitable" avec Jérôme VIGNON
Expert auprès du Conseil européen ; Président des "Semaines sociales de France"
                
Diocèse de Bourges
Association Foi et Culture et Observatoire Economique et Social Diocésain
Dialogues pour une terre habitable
Conférence inaugurale de Jérôme Vignon , 12 octobre 2007 

Quel monde pour demain ? Enjeux et contraintes

 

Présentation :

Cette conférence fait suite aux Assises Chrétiennes de la Mondialisation (2002-2006) dont les résultats s’inscrivent dans un livre blanc actuellement disponible (Bayard Éditions,  19,80 €) sous le titre : Dialogues pour une terre habitable. La démarche, présidée par Jérôme Vignon, fut celle d’une quarantaine d’associations et mouvements des grandes confessions chrétiennes. Elle veut nous aider à opérer un discernement chrétien du processus de mondialisation, dans l’espérance d’habiter le monde d’une nouvelle manière. Du 16 au 18 novembre 2007 se déroulera à Paris la Semaine Sociale sous le même titre que notre conférence :Quel monde pour demain ? Enjeux et contraintes.

Conférence :

La mondialisation est encore un sujet qui fâche : migrations, O.G.M., énergie et gaz, etc. Elle constitue un moteur semblant échapper à la force publique dont nous attendons pourtant beaucoup pour conserver un visage humain à la société. Le caractère non maîtrisé et imprévu des changements nous désarçonne : y a-t-il un pilote dans l’avion ? Voir le film d’Al Gore (aujourd’hui prix Nobel de la Paix 2007) sur l’écologie : Cette Vérité qui dérange. L’inquiétude française s’est manifestée par le non à l’Europe. Le Livre Blanc dont on vient de parler est l’œuvre de mouvements divers qui se sont rassemblés en qualité de chrétiens pour entendre le point de vue des autres et avoir le courage de faire quelque chose ensemble. 

I - Spécificités du processus actuel de la mondialisation

Le conférencier revient d’abord sur ce qu’est la mondialisation, ce qu’elle a de nouveau par rapport à d’autres mutations déjà opérées dans le passé, avec un diagnostic sur ses richesses et ses défaillances. Il y a eu d’autres mondialisations. Braudel a signalé des mouvements périodiques de rétrécissement et d’expansion, comme la découverte d’un autre continent et ses effets au XVIème siècle, ou bien la colonisation dans la seconde moitié du XIXème siècle, qui entraîna une véritable économie mondiale et des flux de migration qui n’étaient pas inférieurs proportionnellement à ceux d’aujourd’hui. Qu’y a-t-il alors de nouveau dans la mondialisation actuelle ? Quatre aspects :            

1. La mondialisation est tirée par des entreprises qui se servent de l’espace mondial, genre Véolia ou Airbus. On parle de globalisation, d’acteurs globaux.                      

2. Le processus est universel, ce qui est différent de la colonisation, imposée par certains à d’autres. A notre époque, tous les Etats, sinon les populations, sont demandeurs de la mondialisation, espérée comme source de richesses : la Chine même a adhéré à l’OMC en 2002 et la Russie de Poutine en 2004.                      

3. La mondialisation se propage sur l’espace naturel et biologique avec une rapiditéjusqu’ici inconnue En un an, l’énergie dépensée correspond à dix siècles d’autrefois (rapport 1/1000). Par exemple, quelque part, l’éclosion des chenilles se fait en avance (effet du réchauffement dû à l’homme) sur l’arrivée des oiseaux qui en sont les prédateurs, causant de gros dégâts dans le pays concerné.                          

4. Et surtout les interdépendances sont globales, intenses, et non maîtrisées. Ainsi dans le domaine des ressources naturelles communes, le global (énergétique, océanique et climatique) a des effets en chaîne sur tous: la consommation énergétique entraîne des changements climatiques, dont certains produisent de la désertification (Sahel) qui génère des migrations massives et par suite des problèmes d’intégration dont nous sommes en partie responsables du fait de notre consommation énergétique. Les règles nationales ne suffisent pas à réguler la mondialisation. Il y a par exemple un lien direct entre la guerre et le marché du diamant ou celui de la drogue (qui constituent des dérèglements). La question du coton est tragique pour certains pays africains qui sont pourtant compétitifs en ce domaine, parce que les USA ont refusé de réduire leurs subventions à leurs propres producteurs (échec de l’accord de Doat et défaillance de l’OMC). Tout se passe comme si les progrès des entreprises n’étaient pas accompagnés des règles de respect de l’homme et de correction des inégalités, règles qui existent chez nous et auxquelles la Doctrine Sociale de l’Eglise n’a pas peu prêté la main. 

          

II - Que devrait être un bon système ?

Le capitalisme de marché devrait être accompagné de règles à la hauteur, d’« une gouvernance mondiale humaine » (Livre Blanc). Le terme anglais gouvernance est ici préféré au mot gouvernement qui désigne une réalité fort lointaine, en ce qui concerne l’Europe. Il faut un pilotage responsable pour réguler, ordonner, des autorités qui rendent des comptes.

De quoi disposons-nous aujourd’hui ? du FMI, de la Banque Mondiale, de l’OMC, d’une part, organismes nés des accords de BretonWood en 1944 et qui ne sont pas à jour, et d’autre part des structures onusiennes, comme l’UNESCO, institutions nombreuses mais peu contraignantes. Il s’agit d’un système hétéroclite à réformer. Que lui reproche-t-on ? (On ne peut pas être complètement chrétien si on ne fait pas un minimum d’investigations…)                      

1. Un bon système devrait être universel, or l’Organisation Mondiale du Commerce n’a pas en face d’elle une Organisation Mondiale sur l’Environnement.

                           

2. Les droits et règles définis mondialement devraient être respectés, par exemple la gestion des déchets. Le dégazage sauvage est interdit mais il n’y a pas assez de surveillance en mer, c’est coûteux. La catastrophe d’Abidjan vient d’un dépôt totalement illégal dont les responsabilités sont embrouillées.

                              

3. Ce système devrait être intégré et cohérent alors que chaque grande organisation actuelle fonctionne sans convergence avec les autres institutions. (Mais cela rendrait le système plus puissant que les Etats…).

C’est à propos de la gouvernance de la mondialisation que Jérôme Vignon introduit sa réflexion et ses convictions sur l’Europe. Malgré ses lourdeurs bureaucratiques et son incomplétude actuelle, malgré le non français, elle représente une expérience unique,un espoir et un atout formidables, une chance planétaire de progresser vers un monde plus humain.

Pour deux raisons :                               

1. C’est un bon système : ses 27 pays, très inégaux en richesses, ont des règles, qui sont appliquées, avec des sanctions. Il y a des systèmes de synthèse. La souveraineté est partagée (un plus puissant n’écrase pas un plus faible). L’Europe dispose en fait d’une base éthique. Les évêques ont brillamment expliqué que la raison en est la liberté de l’adhésion, l’orientation vers la paix, la solidarité entre les nations (c’est-à-dire l’abstention par les puissants d’user de leur puissance et l’abstention par les plus faibles de leur droit de veto).                                 

2. L’Europe est déjà acteur de régulation dans le monde. Le président Poutine, par exemple, voulait faire entrer la Russie dans l’OMC ; Lamy et les Européens ont alors exigé qu’il signe les accords de Kyoto qui ne pouvaient entrer en vigueur qu’avec cinquante signataires ; or la Russie fut justement ce 50ème signataire. Il y a multilatéralisme quand des règles mondiales sont décidées par tous, appliquées et universalisées, contrairement à l’unilatéralisme où un pays impose une règle aux autres.  

                                              

III – Les résistance à l’accueil d’une gouvernance positive de la mondialisation

Pourquoi, munis de l’exemple européen et sachant ce qu’on veut, ne le fait-on pas ? Effectivement, le multilatéralisme progresse très lentement. Si le round Doat II pour le développement est signé, ce sera un grand progrès. L’accord de Kyoto est exemplaire : datant de 1987, il n’est appliqué que depuis 2005.

La contrepartie de la liberté, c’est la transparence : ce n’est pas ce qu’on voit dans les grandes affaires financières actuelles ; un encadrement mondial est nécessaire. Or les très grandes sociétés n’ont rien à gagner si elles sont soumises à des règles environnementales.

En Inde, au Mexique, en Chine… n’existent pas nos règles de la concurrence. Or, s’il y a marché mondial, il faudrait des autorités de la concurrence internationales.

Les marchés financiers eux-mêmes sont un frein pour les entreprises qui voudraient plus de règles, car leurs propres actionnaires s’y opposent.  

 

IV – Face à la mondialisation, que pèse la présence chrétienne dans le monde d’aujourd’hui ?

Face à cette difficulté du politique (pourtant indispensable), que pensent les chrétiens ? Ne parlons pas de contribution des chrétiens au débat, mais de dynamisme chrétien. La question est difficile et J. Vignon y répond selon deux perspectives.                  

1. On regarde les Eglises chrétiennes comme des corps vivants (images d’un Corps beaucoup plus glorieux). Nous avons besoin de cette notion de corps. On ne manque pas de liste de droits fondamentaux : droits de l’homme ; droit du travail ; droits des femmes, des enfants… Ce qui manque pour les soutenir, c’est leur transposition dans des versions respectant chaque culture. L’unité est compatible avec la singularité, c’est ce qu’apportent les Eglises. Selon le principe de proportionnalité, on ne peut pas, même au nom d’une bonne intention, appliquer des règles qui produiraient des catastrophes à tel ou tel endroit. Ce principe vient de la doctrine de l’Eglise. 

 

2. On part du croyant. La rencontre spirituelle avec Dieu lui donne courage pour faire le premier pas : la mondialisation en a besoin. Il est possible pour un homme, une femme, d’aller de l’avant et d’en entraîner d’autres derrière lui, grâce à la force qu’il puise dans sa vie spirituelle. Chacun peut faire une « démarche anticipatrice » : je le fais parce que cela montre qu’on peut le faire, et je montre un chemin. Non pas parce que j’y suis obligé. C’est la foi dans la résurrection. Chacun peut veiller en refusant le conformisme qu’imposent les médias. Il faut des pionniers, sur lesquels la loi pourra ensuite s’appuyer. Les Chambres de Commerce, par exemple, ont créé un réseau mondial rendant possibles des échanges honnêtes, précurseurs d’une loi générale. Chacun de nous peut être le « ferment dans la pâte » en adoptant une attitude qu’ensuite on pourra généraliser : les économies d’eau, l’attention aux dépenses…

 

Réponses du conférencier à des questions :

A propos du préambule de la Constitution européenne, qui ne mentionne pas les racines chrétiennes de l’Europe : est-il possible d’entrer dans un débat avec d’autres cultures en faisant abstraction de la sienne propre ? Le conférencier pense que si on laisse au vestiaire ce qui fait le sens de sa vie, on ne pourra parler en profondeur. On ne s’occupera que de l’utile, non du fondamental. Mon identité chrétienne n’empêche pas qu’un Turc me dise pourquoi, en profondeur, il est musulman. Et dire mon identité chrétienne n’implique pas que celle-ci soit supérieure à une autre. Voir l’ouvrage de Jean-Marc Ferry- Le Nouvel Etat européen. 

Immigration / intégration : Le changement des règles tous les deux ans crée d’énormes difficultés en ces domaines, comme dans ceux de l’agriculture ou de l’industrie…

La tradition française, c’est l’intégration, l’acquisition de la nationalité : il est normal qu’il y ait des règles contractuelles. Vignon pense que c’est vrai aussi pour tout jeune Français, qui devrait donner quelque chose à son pays au cours d’un service obligatoire.

Personne ne peut se mettre à l’abri de la modernité (TV, Internet, téléphone portable, etc.), même pas la Chine. La mondialisation apporte plus de liberté, c’est le grand défi actuel du communisme chinois. La Chine pourra-t-elle rattraper les USA sans liberté ? La mondialisation part de l’Occident mais tous les Etats la demandent (pas forcément toutes les personnes). Or il existe ce dilemme pour tous que la liberté ne vise pas à faire n’importe quoi mais à se donner aux autres. Henri Madelin pense que l’Europe est un espoir pour le monde si elle surmonte cedilemme de la liberté. « J’ai bon espoir là-dessus, car je fais confiance aux chrétiens » conclut Jérôme Vignon. 

Le Grenelle de l’environnement, c’est bien. Des associations, des syndicats ont tout de suite mis sur la table leurs propositions et il y aura une synthèse à la fin d’octobre 2007. Mais que fera le Gouvernement ? C’est l’inconnue. Il faut que la société civile, dont les chrétiens, donne courage au Gouvernement, aux politiques. Voir l’ouvrage de Paul Valadier - Détresse du Politique, Force du Religieux, Le Seuil, 2007

                                                                            D’après les notes manuscrites de Jacqueline Avrin

 

L'Europe : un espace privilégié de l'espérance humaine (2005)

Conférence débat avec M. Michel ALBERT, 
Président d'honneur des AGF et ancien président de l'UNIAPAC (Union Internationale des dirigeants chrétiens). 
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques. 

Jeudi 28 avril 2005 à la C.C.I. de Bourges. 
Michel Albert nous invitait à la réflexion sur les enjeux de la constitution européenne : un cadre pour construire une communauté de valeurs au service de l'homme, pour bâtir un développement économique dans l'esprit d'un modèle social qui n'a pas son équivalent dans le monde, un espace pour la promotion de la paix. 

Nous avons, comme citoyens français et européens, une responsabilité particulière dans ce défi.

Michel Albert est notamment auteur du livre "Capitalisme contre capitalisme" (Seuil 1991) visant à donner tout son rôle à l'Europe dans le cadre d'une économie sociale de marché face à l'unilatéralisme américain au lendemain de la chute du communisme. 
Egalement coauteur avec Michel Camdessus et Jean Boissonnat du livre "Une Foi dans ce siècle" (Editions Arléa 2002)

 

 

 " L’Europe : un espace privilégié de l’espérance humaine "


Michel Albert était récemment l’invité de l’Observatoire économique et social du diocèse de Bourges. 

Ancien commissaire au Plan, président d’honneur des AGF et ancien président de l’Union internationale des dirigeants chrétiens, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, Michel Albert a toujours été un européen convaincu. « Nous voyons un signe d’espérance dans tout ce qui dissout la haine », affirmait-il dans son livre « Notre foi dans ce siècle », co-écrit avec Jean Boissonnat et Michel Camdessus. 
Aussi est-ce un vibrant plaidoyer pour l’Europe qu’il a lancé à la Chambre de commerce de Bourges, un mois et un jour avant le référendum sur la ratification du traité constitutionnel. La veille, l’Airbus A 380 s’était envolé de Toulouse pour son premier vol, confirmant les prouesses que peuvent réaliser les Européens quand ils s’unissent autour d’un projet commun. 


Rappelant les étapes de la construction européenne depuis la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, Michel Albert a souligné que l’élargissement progressif de 6 à 25 pays avait profité en chemin à des pays pauvres comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce ou l’Irlande dont le niveau de vie a explosé depuis. Quant aux dix nouveau pays qui ont rejoint l’UE le 1er mai 2004, ils comptent quatorze prix Nobel et sont polyglottes, a souligné le conférencier


Il appelle de ses vœux l’union politique prévue par le traité, avec à sa tête un « Monsieur Europe » (président du Conseil) élu pour deux ans et demi parmi les 25 chefs d’État et de gouvernement réunis au sein du Conseil européen. Il aura à ses côtés un ministre des Affaires étrangères et parlera au nom de l’Europe sur la scène internationale. 


« Le succès du Non en France aboutirait au succès de Bush qui ne veut surtout pas d’une Europe unie face à l’hégémonie américaine sur la scène internationale », prévient-il. En outre l’Allemagne, si elle vote Oui au référendum, pourrait se retourner vers les pays de l’Est et délaisser son ancien partenaire. Au plan mondial, l’Union européenne peut constituer un laboratoire pour la création de règles du jeu mondiales. Au contraire, « la victoire du Non pourrait aggraver les tendances anarchiques de la mondialisation » prévient-il, en rappelant que le 29 mars, le Conseil des Églises chrétiennes s’est prononcé en faveur du Oui.


« Il est profondément incohérent de se dire européen et de voter Non », a-t-il martelé face à la contestation dans la salle de groupes hostiles composés d’agriculteurs déçus par la PAC, de militants d’extrème-droite et de catholiques traditionalistes auxquels il a rappelé qu’à l’intérieur de l’Europe élargie, chaque pays gardait ses prérogatives en matière d’éducation, de santé, de politique de l’emploi, de protection sociale, etc.


Article de Marie-Françoise VALLS paru dans Le Courrier Français du Berry du 13 mai 2005

 

La mondialisation, risques ou opportunités pour l'homme (2001)

Conférence débat avec Michel CAMDESSUS 
Ancien directeur Général du Fonds Monétaire International

Le 14 mars 2001, l’Observatoire Economique et Social diocésain invitait Michel Camdessus pour une escale à Bourges, entre un passage éclair en Amérique du Sud et un séjour à Alger : une chance inestimable donc pour notre ville. 
 Chrétien engagé et banquier d’envergure internationale, Michel Camdessus a dirigé le Trésor en 1983 avant d’être onze ans à la tête du Fonds Monétaire International (FMI). C’est donc un expert qui allait livrer dans l’amphithéâtre comble de la CCI, ses réflexions sur un sujet brûlant : la mondialisation : risques ou opportunités pour l’homme. 


Quand on pense mondialisation, on pense souvent « délocalisation de nos emplois en Asie du Sud-Est » et « invasion de l’Europe par les OGM venus des Etats-Unis. Michel Camdessus nous invite à porter sur ce sujet un autre regard. Pas question pour autant de réconcilier le Royaume de Dieu avec le marché ! Mais devant un phénomène qui angoisse les peuples et crée un divorce grandissant entre eux et leurs dirigeants, il s’agit de « ne pas désespérer la planète » et de réfléchir à des actions précises, possibles tout de suite. Reprenant les propos que tenait le Président Tchèque Vaclav Havel en octobre 2000 devant un parterre de banquiers, notre conférencier parle de « remettre en cause notre ordre des valeurs » et au-delà de l’horizon immédiat, de la « nécessité » d’un grand élan de spiritualité. 


Refuser la mondialisation ? 

Elle est là partout, avec l’élargissement de l’économie de marché, l’irruption des nouvelles technologies, l’accélération de l’unification des marchés de l’argent. On ne peut pas plus l’arrêter que revenir en arrière. Alors, mondialiser autrement, pour respecter l’homme et sa diversité ? Car , après tout, ce qui vise à unifier le monde est , a priori, intéressant. Et Michel Camdessus de citer l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa : 

 « Jamais n’ont existé autant de potentialités intellectuelles, économiques et scientifiques… pour combattre la faim, la guerre, l’exclusion de l’autre, l’oppression… » 

Encore faut-il penser à s’en servir, et à bien s’en servir. 


Les risques de la mondialisation 

Ils sont grands, et bien réels. 

L’instabilité financière, partie d’un pays – le Mexique en 1994-1995, le Sud-Est asiatique en 1997- peut, en quelques semaines, menacer toute la planète par des effondrements en cascade. A chaque fois, le coût social pour rétablir l’équilibre est très lourd. 

Les pays les plus pauvres risquent d’être marginalisés : non solvables, ils n’intéressent pas le marché. 

Les inégalités risquent de se creuser- On le voit déjà entre pays riches et pays pauvres et, à l’intérieur de chaque pays, entre classes sociales. Ce dernier risque est encore aggravé dans les pays pauvres par des structures sociales, déjà très inégalitaires (elles ressemblent à celles qu’a connues l’Europe occidentale au Moyen Age). 

Le risque majeur pour notre planète, c’est l’aggravation de la pauvreté mondiale qui pourrait déclencher, à terme, ce que Michel Camdessus n’hésite pas à appeler une Intifada planétaire. 


Que faire ? 

On doit faire et on peut faire mieux, et « cela vaut la peine de s’en mêler. » 

Face à chacun des problèmes, il faut développer un nouvel ordre des valeurs, comme le disait Vaclav Havel : 
                    -Face au risque de crises mondiales, la responsabilité. 
                    -Face à la pauvreté, la solidarité. 
                    -Face à la menace des conflits, la citoyenneté mondiale. 

Reprenons un peu plus en détail chacun de ces points. 

La responsabilité 

Si une crise mondiale peut éclater n’importe où, n’importe quand, les gouvernants et donc ceux qui les élisent doivent prendre conscience de leur responsabilité pour bien gérer leur pays. En outre, depuis une quinzaine d’années, cette responsabilité est devenue aussi celle des grands groupes privés, des banques, qui assurent les grands financement mondiaux. 
Pour Michel Camdessus enfin, la société civile, c’est-à-dire finalement l’ensemble des citoyens que nous sommes, peut jouer un rôle essentiel, influencer le cours des choses par un travail pédagogique auprès de l’opinion publique. 

Nous le voyons bien :face à une grande crise sanitaire, à une pollution massive, à une menace sur notre alimentation, à des suppressions d’emplois, qu’est-ce qui fait « bouger les choses » sinon la mobilisation de l’opinion ? 


La solidarité 

          Prenons le temps de lire ces quelques chiffres : 

          Un milliard trois cents millions d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour. 

          Deux milliards huit cents millions, avec moins de deux dollars. 

          Un milliard quatre cents millions n’ont pas accès à l’eau potable. 

          Huit cents millions sont mal nourris. 

          Neuf cents millions sont analphabètes. 

Allons-nous dire « qu’ils se débrouillent ! » et protéger notre propre niveau de vie derrière nos frontières, « chacun chez soi » ? Le simple égoïsme bien compris nous conseillerait déjà de ne pas laisser se constituer à nos portes une pareille poudrière ! 

Les pays pauvres doivent être aidés dans leurs efforts pour s’en sortir, et de façon prolongée. Trop souvent notre aide –qui ne cesse par ailleurs de diminuer- est soumise à des effets de mode, et se détourne d’un pays, au bout de quelques mois, selon les hasards de l’actualité. Sachons tenir notre parole. Il faut réduire massivement la dette, et même l’annuler comme le demandait Jean-Paul II lors du Jubilé. Rappelons-nous que les sommes ainsi épargnées sont obligatoirement investies dans des actions de santé, d’éducation primaire, qui permettent à ces pays de sortir peu à peu de la misère. Retrouvons dans les rapports humains le sens du geste gratuit. 

Il faut aussi ouvrir nos frontières aux exportations de ces pays, pour leur fournir un peu d’oxygène économique : l’Europe a commencé à le faire pour les quarante-neuf pays les plus pauvres et son geste pourrait servir d’exemple. 

Il faut cesser d’entretenir la guerre en inondant d’armes les pays les plus fragiles. Le secrétaire général de l’ONU proposait ainsi de limiter à 0,5 % de leur Produit Intérieur Brut les dépenses d’armement des pays d’Afrique. 

N’oublions pas enfin le défi du Sida qui a déjà fait avec trente-sept millions de morts, autant de victimes que nos guerres mondiales. Le combat qui se livre actuellement en Afrique du Sud pour l’accès aux médicaments nous fait entrevoir un des bienfaits possibles d’une mondialisation bien gérée : le partage de la santé. 


De nouvelles ressources pour les pays ? 

On peut mentionner ici le projet de taxe Tobin : une faible taxe sur les transactions financières sur les marchés des changes mondiaux, reversée aux organisations mondiales. Michel Camdessus souligne la grande difficulté pratique de sa mise en application aujourd’hui faute d’une instance internationale assez puissante pour l’imposer partout. Il propose de réfléchir à d’autres mesures : taxation des ventes d’armes (en particulier offensives) et de tout ce qui a un impact négatif (tabac, alcool, par exemple). 


La citoyenneté mondiale 

La mondialisation ne touche pas seulement l’économie. Tous nos problèmes importants sont mondialisés : la dégradation de l’environnement, la grande criminalité, la drogue, la maladie, les conditions de travail… 

Croyons-nous que nos frontières nous protègent ? 

Dans les années soixante déjà, le Pape Jean XXIII réclamait la création « d’une autorité publique à compétence universelle, avec capacité juridique de sanctions. » 

Nos institutions internationales datent de 1945, à la suite d’une réaction puissante : « Plus jamais ça. » 

Mais le monde a tellement évolué depuis ! On ne parlait pas alors d’écologie ( la notion est apparue à la fin des années soixante),les problèmes de migrations de populations concernaient les populations déplacées à la suite de la guerre. 
Ces institutions doivent donc être fortement modernisées et réformées pour prendre en charge des problèmes d’une dimension nouvelle. Il faut que la société civile puisse s’y faire entendre, et en particulier les Organisations Non Gouvernementales (ONG), et que la place du tiers-monde reflète autre chose que l’infériorité de son poids économique actuel. 

Nous avons certainement notre rôle à jouer en tant que citoyens-électeurs : que penser du désintérêt quasi-total – c’est Michel Camdessus qui témoigne- de notre Assemblée Nationale ou du Congrès américain, pour ces questions vitales pour l’avenir de nos enfants ? 
Réussir la mondialisation, c’est sûrement sauver notre planète d’une guerre, elle aussi mondialisée. 

Il ne s’agit pas bien sûr, de détruire la nation, cadre idéal où s’exerce la démocratie locale et la subsidiarité (« régler sur place tout ce qui peut l’être »). En effet, prendre la mesure de ses responsabilités locales de citoyen conduit peu à peu à se sentir citoyen du monde. 

Michel Camdessus nous propose pour conclure « une tâche colossale » : Mettre plus de démocratie dans les institutions internationales, faire de la mondialisation une vraie chance de partage des richesses de la planète et non une catastrophe subie. 

Il nous renvoie à la réponse que faisait Théodore Monod à ceux qui lui reprochaient de plonger dans l’utopie : « Vous n’avez jamais essayé ! »