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Jeudi 10 mars 2016 - Messe du Doyenné de Bourges

L'influence d'un jésuite de Bourges sur la spiritualité du Pape François

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Homélie de la Messe du Doyenné de Bourges 

Eglise Saint Henri de Bourges 

prononcée par le Chanoine Stéphane Quessard

 

L’influence d’un jésuite de Bourges sur la spiritualité du pape François

 

Le chemin du Carême sur lequel nous sommes engagés pour nous préparer, non seulement aux fêtes pascales, mais surtout à notre Pâque éternelle, nous invite à nous décentrer de nous-mêmes pour mieux accueillir l’amour de Dieu dans nos vies et nous rendre davantage présents à nos frères surtout ceux qui rencontrent des difficultés. Ce temps privilégié renforce effectivement notre foi et notre attachement à l’Eglise notre mère, Corps du Christ, notre famille, don merveilleux à recevoir du Seigneur et de nos frères, mais aussi à construire laborieusement jour après jour par notre ouverture du cœur et notre bonne volonté. Il est heureux que nous vivions cette messe de doyenné sur cette route pascale, Eucharistie qui nous redonne de l’espérance et du courage et affermi les liens qui nous unissent, prêtres, diacres et leurs épouses, religieux et religieuses, fidèles du Christ, Peuple de Dieu dans toutes ses composantes. Merci au Père Rodrigo et à son équipe de nous accueillir dans cette paroisse Saint Henri de Bourges et merci à notre Vicaire Général le Père Stéphane Maritaud de présider cette célébration. Les textes bibliques que nous entendons ce soir sont particulièrement vigoureux et nous placent devant nos engagements et nos responsabilités de baptisés. Le Carême est ce temps de désert que l’Eglise nous propose, comme une retraite annuelle nécessaire, pour suivre mieux Jésus, dans la prière, le partage et le jeûne.

Vous le savez, notre Saint Père et la Curie romaine sont actuellement en retraite spirituelle dans une maison religieuse à quelques kilomètres du Vatican. Nous sommes ce soir en union toute particulière avec l’Evêque de Rome et ses collaborateurs qui sont à notre service et au service de l’humanité blessée en quête de bonheur et de vérité. François nous montre l’exemple d’une vie simple, enracinée dans la prière et les sacrements, respectueuse du Créateur et de sa Création, qui témoigne de la joie de l’Evangile. Il nous exhorte à une conversion permanente !

En cela, notre Pape François est fortement marqué par ses maîtres spirituels de la Compagnie de Jésus. Cet ordre religieux célèbre, fondé par Saint Ignace de Loyola au XVIème siècle, a donné de grands théologiens qui ont contribué au cours des siècles à éclairer la conscience des chrétiens, à redonner à toute personne sa dignité et à annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre pour la gloire de Dieu et le Salut du monde. Parmi les maîtres à penser de notre Pape actuel figure le Père Louis Lallemant, jésuite français né à Châlons-sur-Marne en 1588 et mort à Bourges en 1635. Certains d’entre-nous le savaient sans doute, d’autres vont le découvrir !

Le Père Lallemant étudie d’abord au collège des jésuites de Bourges puis entre en 1605 au noviciat des jésuites de Nancy. Sa formation initiale terminée, il suit les cours de philosophie et de théologie à l’Université de Pont-à-Mousson, avant de partir enseigner la philosophie durant trois ans à La Flèche. Il est ordonné prêtre à Paris en 1614 puis revient à Bourges pour enseigner la philosophie et les mathématiques au collège Sainte-Marie et donner des prédications remarquées. Après ce temps de professorat berruyer, le Père Lallemant part à Rouen où il devient maître des novices de 1622 à 1625. Il est ensuite nommé à Paris comme professeur de théologie scolastique, mais n’y reste qu’une année. Il reprend le chemin de Rouen pour diriger le second noviciat ouvert par la Compagnie pour les jésuites qui terminent leurs études et se préparent à prononcer leurs vœux définitifs. C’est là qu’il donne une série de conférences qui seront conservées par la suite dans le livre intitulé «La vie et la doctrine spirituelle du Père Louis Lallemant».[1] Contraint par la fatigue d’interrompre son enseignement en Normandie, il revient à Bourges comme supérieur du collège Sainte-Marie où il avait commencé comme jeune élève sa formation. Mais il meurt quelques mois seulement après son arrivée chez nous, un Jeudi-Saint, à l’âge de 47 ans.

La doctrine spirituelle du Père Lallemant, élaborée entre 1620 et 1630, sous le règne de Louis XIII, est la première et la plus importante synthèse de spiritualité ignatienne qui existe entre Saint Ignace, qui n’a pas écrit à proprement parlé de traité de vie spirituelle, et l’époque contemporaine. Traduite dans les grandes langues européennes, la doctrine spirituelle du Père Lallemant a connu pas moins de 25 éditions en français et demeure la référence majeure pour les historiens de la spiritualité.

Disciple du Père Lallemant, le Père Jean Rigoleuc, a recueilli les conférences et les notes de son maître et le Père Champion les publia en 1694. On peut résumer en sept principes le traité de vie spirituelle du Père Lallemant, conseils qui peuvent nous être utiles dans notre propre vie chrétienne : le regard vers la vie éternelle ; la recherche de la perfection ; la pureté de cœur ; la docilité à la conduite de l’Esprit Saint ; le recueillement ; l’union avec le Christ ; et les étapes de la vie spirituelle.[2] Cette mystique sera reprise, développée et actualisée par les Pères Gaston Fessard, François Varillon, Albert Chapelle et Michel de Certeau.

On peut donc dire, sans trahir la vérité et sans prétention excessive, que ce père jésuite de Bourges a eu une influence notable sur la spiritualité de notre Pape François ! Cela renforce encore, s’il en était besoin, les liens qui existent entre le Successeur de Pierre et notre diocèse de Bourges ! «Que peut-il sortir de bon de Nazareth !?», disaient en son temps les détracteurs de Jésus. «De Bourges, que peut-il sortir de bien ? » seraient tentés de dire certains esprits chagrin aujourd’hui … Et bien oui de chez nous, de notre terre berrichonne peuvent sortir de belles et de bonnes choses ! La figure du Père Lallemant, son histoire, le fruit de sa prière, de sa réflexion et de son expérience, comme chrétien, prêtre, directeur spirituel, théologien, enseignant, le prouvent et nous redisent que la foi au Christ n’est pas une question d’idées, de concepts, de théorie. La foi chrétienne est une foi incarnée, enracinée dans le concret de l’existence.

C’est pourquoi le Pape François nous invite tout au long de cette année jubilaire à pratiquer les œuvres de Miséricorde : nourrir celui qui a faim et désaltérer celui qui a soif ; vêtir celui qui n’a rien ; soigner le malade et la personne âgée ; secourir le sans-abri ; accueillir l’étranger ; visiter le prisonnier ; accompagner celui qui va mourir ; consoler celui qui souffre ; conseiller ceux qui doutent ; inviter au discernement ; pardonner les offenses, supporter les personnes ennuyeuses, prier pour les vivants et pour les morts.[3]

Ne soyons pas «un peuple à la nuque raide», selon l’expression que Moïse a entendue de la part de Dieu, et qui nous est offerte ce soir dans la Première lecture de cette liturgie (Ex 32,7-14). Soyons au contraire dociles à l’Esprit Saint qui veut transformer nos vies et le monde. Que la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité, née tout près d’ici à Avord, qui sera bientôt canonisée par le Pape François, nous aide elle aussi à marcher sur la voie de la sainteté en aimant Dieu et nos frères de tout notre cœur. Amen !

 

 

[1] Louis LALLEMANT, Doctrine spirituelle, DDB, Paris, collection Christus, 2011.

[2] Louis LALLEMANT, article dans Dictionnaire de Théologie Catholique, Letouzey et Ané, vol. VIII 2, Paris 1925, p.2459-2464 ; et Louis LALLEMANT, article dans Catholicisme hier, aujourd’hui, demain, Encyclopédie publiée sous la direction de G. Jacquemet, Letouzey et Ané, vol. 6, n°27, Paris 1967, p.1676-1678.

[3] Pape François, Le visage de la Miséricorde, Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, n°15.