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Dimanche 13 novembre 2016 - Centenaire de la mort de Charles de Foucauld

Centenaire de la mort de Charles de Foucauld.

Pour télécharger l'homélie, cliquez ICI.

 

 

Homélie de Monseigneur Maillard

1re lecture : Sg 11, 23 - 12, 2
Psaume 39
Evangile : Jn 15, 9-17

 


     
L’Evangile que nous venons d’entendre souligne toute l’autorité de ces paroles, qui éclairent et fondent l’expérience de tous les chrétiens, quelle que soit leur situation au long des siècles et jusqu’à aujourd’hui encore :

 

  •      C’est comme un testament que Jésus nous confie : « Avant de passer de ce monde à son Père ». C’est la consigne suprême de Jésus, sa dernière Parole.
  •      « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Nous sommes dans la dynamique de l’amour, le Père, Jésus et nous.


Chaque mot porte et touche notre manière de vivre :

 

  •      Demeurez dans mon amour. Le verbe ‘demeurer’ indique à la fois une habitation et la durée. La demeure. Et ce mot revient... Demeurez dans mon amour puisque Jésus demeure dans son amour. Nous touchons là le cœur de la Révélation chrétienne qui n’est pas réservée à l’élite, aux grands saints, mais qui nous révèle le cœur de l’expérience chrétienne.
  •      Le signe de cet accomplissement, c’est la joie : « Que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie ».
  •      La conséquence et le déploiement tout naturel « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Donner sa vie pour ses amis. Il s’agit bien plus que d’un bon sentiment, il s’agit d’un chemin de vie qui oriente toute l’existence.


Et Jésus insiste sur la portée de ce mot « amis » dans son enseignement, par différence avec le mot « serviteur » qui sera pourtant employé ailleurs « servir et non pas être servi ». L’Ami, selon Jésus, est en communion profonde avec le Père lui-même : avons-nous conscience suffisamment de cette intimité avec Dieu, non pas parce que nous l’avons voulu, décidé, mais parce que c’est Dieu qui nous a choisis, qui vient à nous, qui nous cherche, qui nous regarde ?


Et notre évangile se termine par cette phrase provocante qui nous fait sortir de notre logique humaine : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Peut-on commander d’aimer, l’amour se commande-t-il ? Si l’on vous commandait d’aimer un tel, que dirions-nous ?


Tout cela est dit avec des mots très simples, compréhensibles par tous, qui ont conduit les plus grands saints de l’histoire mais aussi les baptisés les plus ordinaires que nous sommes dans notre quotidien.
     
Le bienheureux Charles de Foucauld a eu un parcours plus qu’original et certainement inimitable par chacun d’entre nous. Il a une histoire et une personnalité qui sortent de l’ordinaire, par sa famille, par le contexte politique d’une France vaincue et humiliée par l’Allemagne, par son intelligence - n’a-t-il pas accompli un travail sur la langue Touareg qui continue de faire autorité ? -, enfin par son parcours spirituel, par sa conversion, par son passage dans la vie monastique qu’il quitte, son passage en Terre Sainte, en Syrie, puis sa venue au désert dans le contexte d’une guerre et dans une période coloniale.
     

Et, en même temps, cet itinéraire si particulier, il se situera toujours au sein de l’Eglise, en parfaite communion avec ses responsables...
     

Permettez-moi de souligner quelques repères importants dans sa vie.
 

  • Le rôle du Père Huvelin qui l’accompagne dès sa conversion tout au long de cette grande aventure spirituelle. Ce prêtre reste un accompagnateur qui l’accompagne en respectant son itinéraire pour trouver sa voie. Nous avons besoin dans nos vies de ces personnes qui nous aident à voir clair spirituellement dans nos existences chrétiennes parfois si complexes.
     
  • Autre mot important : « Nazareth » qui désigne à la fois cette Terre de l’Incarnation du Seigneur unique au monde, et en même temps cette vie cachée, ordinaire, qui dura 30 ans sans que nous ayons des détails. L’importance de ces trente années qui précèdent la vie publique, cela nous renvoie à une dimension de notre histoire personnelle, l’éducation, ce dont on ne parle pas. Cela reste un fondement.
     
  • Lien Eucharistie-Adoration : « Une parole d’Evangile qui a fait sur moi une très profonde impression et qui a transformé ma vie : ‘Tout ce que vous faites à un de ces petits, c’est à Moi que vous le faites’. Si l’on songe que ces paroles sont celles de la vérité incréée, celles de la bouche qui a dit ‘Ceci est mon Corps... Ceci est mon sang’, avec quelle force on est porté à chercher et à aimer Jésus dans ces petits, ces pécheurs, ces pauvres ».
  • Le désert, le lieu d’une solitude qui nous met en face de nous-mêmes, dans notre vérité chrétienne, le lieu aussi où Dieu se révèle. Ce désert a place dans nos vies.
  • Le dialogue avec les musulmans : « Tous les esprits sont faits pour la vérité, mais pour les musulmans, c’est affaire de très longue haleine. Il faut faire d’eux intellectuellement et moralement nos égaux, ce qui est notre devoir. Un peuple a envers ses colonies les devoirs des parents avec leurs enfants... L’œuvre est difficile et longue ».
  • « Défricheur ». « Ma vie consiste à être le plus possible en relation avec ce qui m’entoure et à rendre tous les services que je peux ». Défricheur préparant le terrain, pour que le grain puisse un jour être semé avec quelque chance de pouvoir germer ; beaucoup de laïcs chrétiens pourraient, selon lui, travailler ainsi à l’évangélisation des colonies françaises.

Tout naturellement, la prière d’abandon nous permet d’adopter pour nous la spiritualité du Père de Foucauld aujourd’hui :


     Mon Père,
     Je m'abandonne à toi,
     fais de moi ce qu'il te plaira.
     Quoi que tu fasses de moi,
     je te remercie.
     Je suis prêt à tout, j'accepte tout.
     Pourvu que ta volonté
     se fasse en moi, en toutes tes créatures,
     je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
     Je remets mon âme entre tes mains.
     Je te la donne, mon Dieu,
     avec tout l'amour de mon cœur,
     parce que je t'aime,
     et que ce m'est un besoin d'amour
     de me donner,
     de me remettre entre tes mains, sans mesure,
     avec une infinie confiance,
     car tu es mon Père.

     


     
     + Armand MAILLARD
     Archevêque de Bourges