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Homélie du dimanche 28 février - Patrice Lemaréchal

Chaque lundi de Carême, retrouvez l'homélie des vêpres du dimanche précédent d'un diacre du doyenné de Bourges sur le site internet diocésain. L'homélie du 28 février portait sur L'évangile de Luc (Lc 13, 1-9).

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici.

 

Le récit que nous relate Luc dans l’évangile que nous venons d’entendre paraît surprenant. On y évoque des faits divers ! Il est rare que l’évangile se préoccupe d’une telle actualité. Pourtant ce jour-là, elle est dominée par deux événements : un crime politique et une catastrophe. Laissons courir un peu notre imagination, et nous pourrions lire à la une de la gazette locale ces deux titres : « Massacre dans les lieux saints », et puis, « Une tour s’effondre : 18 morts ». Il y a de quoi, mes frères,  alimenter les commentaires et les bavardages de la foule qui accompagne Jésus.

Le premier événement est un crime politique. Les Galiléens sont venus au Temple de Jérusalem pour y offrir des sacrifices. Ils profitent vraisemblablement de cette occasion pour manifester leur opposition à l’occupant romain, et Pilate, le gouverneur romain, envoie la garnison au sein même du Temple pour réprimer cette manifestation. Cette répression est violente et se transforme en un véritable massacre, un bain de sang.  Pilate, nous rapporte l’histoire profane, fut révoqué plus tard pour une semblable boucherie : il avait fait surprendre les samaritains pendant le sacrifice sur la montagne Garizim, leur lieu de culte, et les avaient fait exécuter sur place.

La catastrophe dont parle ensuite Jésus, est celle de l’effondrement de la tour de Siloë, dans un des quartiers de Jérusalem, faisant 18 victimes sous les décombres.

Deux événements dramatiques qui frappent les esprits de la foule qui entoure Jésus. D’autant qu’à cette époque, on avait l’habitude de penser que le malheur était dû aux péchés des victimes, ou à celui de leurs parents, et que Dieu les punissait. Aujourd’hui, ne réagissons-nous pas quelquefois de la même façon ? Je vais vous parler de ma grand-mère. Elle me disait parfois, quand je m’apprêtais à faire des bêtises : «si tu fais cela, le bon Dieu te punira ! ». Je crois que nous avons tous eu la même grand-mère et qu’il nous en reste tous quelque chose. Combien de fois, nous sentons nous coupable lorsqu’il nous arrive un malheur en pensant que c’est Dieu qui nous punit.  L’expression populaire « qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », nous le rappelle.

Jésus, lui, refuse de faire un lien entre le péché et le malheur. Pour cela, il anticipe la réaction de la foule. Il n’attend pas les questions. Il les pose lui-même ! « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? », « Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? »

Les interpellations de Jésus déplacent le questionnement de la foule, et le nôtre par la même occasion. Il met l’accent sur le fait que les victimes et les personnes épargnées ne sont ni plus innocentes, ni plus coupables les unes que les autres. Dans ces questions, ce n’est pas l’innocence ou la culpabilité que Jésus relève mais le fait que nous sommes tous pécheurs. Il nous ouvre ainsi une autre voie, tout aussi dérangeante : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ».

Jésus nous appelle à la conversion. Se convertir, dans la langue juive, signifie changer de direction, changer de voie. Cela implique un changement de regard sur Dieu. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ». Cet appel à la conversion lancé par le Christ, ne doit pas être entendu comme une menace de malheur, mais bien comme à une invitation à prendre conscience que rien ne peut remplacer le bonheur d’une existence qui est vécue en communion avec Dieu. Cesser de voir Dieu comme le bourreau des pécheurs, mais découvrir le visage d’un Dieu miséricordieux.

C’est ce visage du Seigneur que Jésus nous invite à découvrir par la parabole du figuier stérile. Un Dieu tendre, miséricordieux, patient et plein d’amour.

 

« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?”

On est proche de la prédication de Jean Baptiste citée dans le chapitre 3 de l’évangile de St Luc  : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion… Car je vous le dis… déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.»

 

Mais voici que le vigneron invite son maître à la miséricorde et à la patience.  Le propriétaire est déçu, le vigneron espère. Le propriétaire propose la hache qui coupe, le vigneron préfère la bêche qui va creuser, mettre du fumier, aérer la terre : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas».

Cette parabole nous ouvre à la réalité d’un Dieu miséricordieux, qui ne se résout pas à nous laisser tomber, qui espère dans ce que chacun d’entre nous sera capable de produire de bon et de beau.  Cette parabole n’est pas celle de la dernière chance, comme si tout dépendait d’un ultime sursaut du figuier. Cette parabole est celle de l’espérance, de la patience, de la bienveillance. Cette parabole nous invite à changer notre regard sur Dieu.

Regardez la bannière qui est derrière moi. On y voit le Christ qui porte sur ses épaules l’homme égaré. Cet homme, c’est moi, c’est vous, c’est le figuier. Ce qui me frappe particulièrement dans cette  représentation, c’est le visage du Christ et celui de l’homme. Deux regards qui se tournent l’un vers l’autre. Deux regards qui vont jusqu’à se confondre pour n’en faire qu’un. Le Pape François, introduit la Bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la Miséricorde par ces mots : « Jésus Christ est le visage de la miséricorde du Père ». En tournant son regard vers le Christ, l’homme égaré perçoit celui du Père. « Celui qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus en Saint Jean.

Et le Pape de poursuivre : « à travers sa parole, ses gestes et toute sa personne, (Jésus) révèle la miséricorde du Père ». Alors, dans notre parabole le Christ vigneron va travailler la terre au pied de l’arbre, va creuser, apporter de l’engrais, veiller, prier,… pour que nous puissions produire du fruit.

Produire du fruit, voilà ce que le Seigneur attend de ceux qui le suivent. Rappelons-nous ces paroles de Jésus, rapportées au chapitre 6 de l’évangile de Saint Luc, à propos du vrai disciple.

 

« Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits ; jamais non plus un arbre mauvais ne donne de bons fruits. Chaque arbre se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur ».

 

Cependant tous les jardiniers qui sont ici le savent bien, il faut de la patience pour qu’un jeune arbre planté produise du fruit. Une très ancienne prière de la liturgie, qui date du VIIe siècle, loue le Seigneur en disant ceci : « Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié ». Dieu est patient avec nous car il nous aime et qui aime comprend, espère, et sait pardonner.

La patience est un autre nom de la miséricorde. Saint Thomas d’Aquin dit d’ailleurs qu’elle est « le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde ». La miséricorde n’est pas un signe de faiblesse, mais bien l’expression de la force de Dieu. La patience est d’abord une histoire d’amour. Le Pape François, toujours dans la bulle d’indiction, nous dit que «la miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux-mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du coeur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon».

Le Christ vigneron nous révèle donc dans cette parabole « la vraie nature de Dieu comme celle d’un père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il est absout le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde ». Il se montre donc clément envers celui qui n’a pas encore produit de fruit. Ce figuier, on le coupera plus tard, si vraiment il se refuse à porter du fruit. L’heure est d’abord à la patience.

Pour conclure, je voudrais vous offrir cette prière d’un théologien franciscain : Michel Hubaut.

 

Oui, Seigneur, je le reconnais : je suis épuisant.

Mais on dit que ta bonté n'est jamais épuisée,

que ta patience ne s'épuise jamais,

que ta grâce est inépuisable !

Tu le sais, je suis tombé trop bas

pour être capable de me relever tout seul.

Seigneur, envoie-moi un frère, une sœur. Qui tu voudras...

quelqu'un qui prendra le temps de m'aimer,

de bêcher patiemment,

tout autour de mon cœur desséché,

afin que, depuis l'extrémité des racines

jusqu'aux branches mortes, coule à nouveau,

en tout mon être, la sève de ta Vie.

Amen.

Patrice LEMARECHAL, diacre.

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