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Homélie du dimanche 13 mars - Paul Tillocher

Chaque lundi de Carême, retrouvez l'homélie des vêpres du dimanche précédent d'un diacre du doyenné de Bourges sur le site internet diocésain. L'homélie du 13 mars portait sur l'évangile de Jean (Jn 8, 1-11).

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici.

 

"Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère".

La femme trainée de force devant le Maître, est porteuse d’une lourde accusation : C’est une faute impardonnable envers le  6ème commandement, un manquement à la Loi de Moïse.  Elle mérite la peine de mort par lapidation ! Dans ce tribunal dressé en urgence, les accusateurs sont agités par des intentions fort éloignées d’une justice sereine. Ils ne prennent pas  le temps du discernement, ils n’ont pas de recul par rapport aux motifs reprochés, ils ne veulent pas   être justes et équitables ! Les intentions des accusateurs sont ambigües, ils agissent avec calcul. L’application de la Loi certes, il y la faute, mais il y a  la volonté de condamner, non seulement, la femme, mais aussi le Maître, le créateur : C’est  une violence ! Où est la Miséricorde ?

Devant pareil comportement, le Christ exprime une volonté d’apaisement. Les paroles accusatrices des scribes et des pharisiens,  associent la femme et la faute, en une seule nature humaine : C’est une violence faite à la dignité humaine ! Le Christ s’abaisse et son doigt désigne la terre et non la femme, comme  responsable de la faute primitive. Dans son attitude, s’amorce cette   nouvelle Alliance, cette nouvelle création née de sa vie donnée, pour elle et pour la multitude, par son sang répandu sur cette terre. Il  libère  les hommes et les femmes du joug du péché. Lorsque que le Christ se redresse, avec lui la femme est relevée, il démontre en acte, qu’il sauve et qu’il relève, celle qui était promise par la loi ancienne à être enterrée vivante, devient un être vivant, libre, et responsable, séparée du péché : "Va et désormais ne pèche plus" ! Le  regard nouveau  du  Maître, hiérarchise l’ordre institué, nous passons sous la loi  du commandement du christ : "aimer Dieu et son prochain".  Il inaugure le nouveau régime qui unit l’homme à Dieu. C’est la transformation de la nature humaine qui se réalise : Maintenant, l’homme nouveau baptisé en Christ, formant l’Eglise Corps de Christ, est séparé définitivement de la faute originelle : C’est la volonté du malin que de confondre l’Homme et la faute ! Le Christ accomplit la nouvelle Loi, en lui, se révèle l’Alliance nouvelle et éternelle. Quant aux accusateurs qui s’en vont, à commencer par les plus âgés, ils illustrent la parole: un monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né. Le Christ refuse la violence faite à la liberté! Il fait Miséricorde !

 

Aumônier de la prison de Bourges, je suis envoyée en équipe par notre Evêque pour annoncer la bonne nouvelle de la Miséricorde, pour vivre en Eglise ce que la Pape FRANCOIS affirme dans sa lettre accordant indulgence pour l’année du jubilé de la miséricorde : 

Ma pensée va aussi aux personnes détenues, qui font l’expérience de la restriction de leur liberté. Le jubilé a toujours constitué l’opportunité d’une grande amnistie, destinée à toucher de nombreuses personnes qui, bien que méritant une peine, ont toutefois pris conscience de l’injustice qu’elles ont commise, et désirent sincèrement s’insérer à nouveau dans la société  en apportant leur contribution honnête. Qu’à toutes ces personnes parvienne de façon concrète la miséricorde du Père qui désire être proche de ceux qui ont le plus besoin de son pardon. Dans les chapelles des prisons, elles pourront obtenir l’indulgence et, chaque fois qu’elles passeront par la porte de leur cellule, en adressant leur pensée et leur prière au Père, puisse ce geste signifier pour elles le passage de la Porte Sainte, car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté .

Dans mon service, je suis souvent confronté à cette mentalité archaïque,  pharisienne : "C’est bien fait pour lui, il va manger gros, c’est un pointeur, il a tué", ce sont des paroles d’ignorants, qui ne veulent voir dans ces personnes détenues que le mal qui a été fait. Les personnes détenues  tiennent aussi le même langage. L’équipe d’aumônerie de la MA du BORDIOT, justifie sa présence par une autre référence : L’aumônerie s’appuie sur la Parole de l’Evangile : "J’étais en prison et vous êtes venus me voir" Mt 25. Elle agit sans regard de condamnation, au cœur de la détention : Ce qui est important, plus que les peines infligées, vécues ou subies, ce sont les hommes et les femmes qui ont besoin d’espérer pour envisager un avenir. Ce qui est vital et juste, c’est que chacun puisse oser la vie et grandir en amour.  Pour marquer ce passage vers l’Espérance, je vous livre quelques réflexions et prières de personnes détenues qui participent à la vie de l’aumônerie :

  • Vivre en aumônerie, c’est se rendre compte que l’on s’intéresse à ce que l’on est et pas à ce que l’on a fait.      Jean
  • C’est obligé que l’Eglise soit en prison pour réaffirmer la dignité de l’homme, L’Eglise en prison est indispensable parce que l’aumônerie peut être une façon d’alerter.      Fabien
  • Guérir le mal par un regard qui vient du Cœur.      Rodolphe
  • Trouver la liberté et pardonner et aussi être juste et tolérant, et ne pas juger les uns et les autres.      Lou

 

Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime :   Cela c’est ISAÏE qui le dit !

 

"Comme le père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie" Jn 20-21 L’aumônerie au nom de la communauté diocésaine, paroissiale, annonce le pardon à toutes personnes détenues, pour dire encore et encore qu’un avenir est possible pour chacun, que l’horreur des faits n’effacent jamais la présence du Christ enfouie en chacun de nous. L’aumônerie est dans son service quand elle est  au plus près des personnes détenues !

Je vous présente mon service d’aumônier de prison au travers de quelques-uns de ses aspects, mais je souhaite vous dire aussi en quoi nous sommes intimement associé, quel lien indestructible nous fait vivre notre Foi comme communauté Miséricordieuse.

Un jour, j’attendais sur la coursive QH que le surveillant achève les mouvements : "retour promenade, le retour atelier". J’étais à côté de la porte de la cellule le dos au mur. C’était la première fois que j’allais rencontrer cette personne dont j’ignorais tout. Après quelques minutes le surveillant vient et fait tourner la clef dans la serrure,  au moment où le battant de la porte s’ouvre et que je m’apprête à entrer dans la cellule, une idée me traverse l’esprit. Qu’est-ce qu’il y a de commun entre cette porte qui s’ouvre, et le geste que je fais comme diacre au cours de la messe. Quand je découvre le calice et que je lève la pale, vous savez ce carré de voile blanc, rigide,  qui couvre le précieux sang. Ce mouvement  est de l’ordre du rituel : la pale protège le vin des impuretés éventuelles qui pourraient tomber dans le calice. Mais à ce moment précis, la porte et la pale sont aussi le propitiatoire de l’alliance nouvelle et éternelle, le Précieux Sang offert en sacrifice pour le Salut du monde, qui couvre nos péchés, l’instant où le prêtre fait entendre les paroles de la réconciliation, de la consécration. C’est le Christ lui-même qui nous parle, avec les Paroles sacrées du récit de l’institution, celles du soir du Jeudi Saint où après avoir lavé les pieds de ses disciples en signe de service, le Christ partage le repas Pascal:  " Faites cela en mémoire de moi ". Le Christ est présent dans sa Parole qui nous ouvre à une participation pleine, active, et consciente. Quel sang coule dans les veines de celui que je rencontre en cellule? Est-ce celui d’un malfaiteur ? Celui d’un homme  qui cherche le pardon ? Du larron en croix,  à qui le Christ dit : "Aujourd’hui tu seras avec moi en paradis".  Le Christ fait Miséricorde au pécheur. Au moment de la communion, nous ouvrons  notre conscience à la Vérité,  nous l’appelons dans  notre vie. Lorsque nous communions ensemble,  nous partageons la même nourriture. Cette Eglise Corps du Christ que nous devenons,  nous tourne vers le pécheur qui a faim de Miséricorde, "qu’aucun de ceux que tu m’as confié ne soient perdu". La liturgie n’est pas une chose, ni un objet, la dynamique Eucharistique que nous recevons du Christ lui-même, ne s’arrête pas avec le culte. Comme serviteur de cette Eglise, je rentre dans la cellule et je tends la main, je salue celui que je ne connais pas. Quand je passe la porte, il y a cette notion de passage, de l’ordre de la Pâque, vers la liberté de la rencontre, j’ouvre avec bienveillance une relation sans rapport de force, librement, avec respect. Le Christ est toujours présent dans l’Eglise, dans la liturgie, mais aussi dans la rencontre entre deux personnes qui font chemin, se réconcilient avant d’aller vers l’autel. Cette rencontre est de l’ordre de la dimension eschatologique de la liturgie Eucharistique : Le Christ "déjà présent et le monde pas encore achevé". Je salue cette personne en votre nom, au nom de l’Eglise. Au début de l’offertoire les fidèles que vous êtes, vous apportez le pain et le vin, je dresse la table du service, et dans l’Eucharistie, je porte d’une manière invisible tous ceux que je rencontre à la MA du Bordiot, ils sont ma contribution à l’acte sacerdotal du Christ qui rassemble tous les hommes.  Ce que je souhaite vous dire, c’est que nous avons un sacerdoce baptismal commun, que dans le baptême, notre droit et notre devoir est de contribuer  à rendre manifeste au monde la pleine communion du mystère pascal du Christ et de l’Eglise. Le Christ fait Miséricorde aux pécheurs que nous sommes.

Pour préparer Pâques, l’équipe d’aumônerie QH/QF travaille sur le projet d’une exposition ayant pour thème Justice et Miséricorde, cette exposition nous la partagerons avec l’Etablissement Pénitentiaire en lien avec l’institut du monde arabe de Paris qui fait venir en détention, une exposition "Juif, Chrétien, Musulman", quelles différences ?, qu’avons-nous en commun ? J’ai proposé à l’aumônier du culte musulman de travailler lui aussi à cette thématique "Justice et Miséricorde",  réjouissons-nous car ceux qui donnent aussi le nom de "Miséricordieux"  au Dieu unique accepte de faire cause commune pour dénoncer ceux qui haïssent la différence, veulent la mort du pécheur, ces extrémistes dévoyés qui causent tant de souffrances dans le monde par leur ignorance.

Je rends grâce pour le culte Chrétien, pour sa nature agissante et participante, dans laquelle nous reconnaissons la présence du Christ en chacun de nous. Je rends grâce pour la liturgie qui est l’œuvre de Dieu en nous. Je rends grâce à Dieu pour la liturgie Chrétienne sobre et sensible qui n’appartient à aucun d’entre nous, à aucun individu, à aucun groupe ; Elle appartient au Christ Miséricordieux.

Ne nous prive pas de ta grâce, Dieu fidèle : qu’elle nous consacre à ton service et nous assiste toujours. Amen.

 

Paul Tillocher, diacre

 

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